Articles au fil de l'eau

Dictature du chiffre et réappropriation des indicateurs : le travail confronté à sa mesure

mardi 17 mai 2011 par Diagnose-TIC - Articles au fil de l’eau
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Le 28 avril 2011, à l’invitation de l’APSE, Diagnose-TIC animait le passionnant débat autour du "travail confronté à sa mesure", suite à la publication du dernier numéro de Sociologies Pratiques consacré aux paradoxes du contrôle.

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Sociologies Pratiques 2011/1
http://www.cairn.info/vign_rev/SOPR...

Au cours du débat, Christian Mouhanna - chercheur au CESDIP (Centre de recherches sociologiques sur le droit et les institutions pénales) - a apporté un éclairage tout à fait captivant sur ses travaux autour de la mesure dans les métiers de la police nationale.
Par un retour pertinent au contexte qui a mené à une politique de la "performance" dans le système policier le plus centralisé d’Europe, C. Mouhanna s’est attaché à montrer comment se mesure justement la "performance".
Comment une culture axée sur le résultat génère des pressions importantes sur les individus, comment se développent en réaction des stratégies pour reprendre le contrôle sur cette mesure permanente et comment finalement s’installe le sentiment de "travailler pour rien".

Au-delà des anecdotes relevées sur le terrain - parfois drôles mais aussi inquiétantes - C. Mouhanna nous interpelle sur l’absence de contrôle externe dans le système, le rôle décridibilisé de la hiérarchie, des syndicats et surtout du politique. Quand "les chiffres ne se discutent pas", on s’inquiète alors des incohérences calculables des statistiques publiées pour mieux démontrer "la perversité de la mesure".

François Vatin - professeur de sociologie à l’Université Paris-Ouest-Nanterre - nous interroge alors sur "l’éthique du chiffre".
Comment peut-on prendre les chiffres pour une mesure objective alors qu’ils sont "porteurs de valeurs" ?
A travers des exemples issus de l’ingénierie, F. Vatin montre que les chiffres véhiculent avant tout des valeurs, qu’ils ne sont pas objectifs et que malgré toutes les précautions intellectuelles nécessaires, on peut leur faire dire n’importe quoi : "tous les chiffres sont vrais mais ils ne veulent rien dire".
Le chiffre est un symptôme de notre société. Paradoxalement, la meilleure machine n’est pas celle qui a le meilleur rendement.

Heureusement, conclut finalement F. Vatin, la mesure porte en elle-même la possibilité de la critique. Elle nous permet alors de revenir aux valeurs qui la sous-tende. Et donc au lien social.

Conférence APSE du 28 avril 2011

Pour plus d’approfondissements sur ce sujet stimulant, nous vous invitons à lire le numéro 2011/1 de Sociologies Pratiques, paru aux Presses de Sciences Po.

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